Mai 2019 – Numéro 1

Les ondes de choc

Traitement recommandé
mais pas remboursé !

Si vous suivez les programmes d’Arte, vous avez vu «Ondes de choc». Une série inspirée de faits divers venus d’une Suisse pas si tranquille que cela. Si vous regardez la télé, les ondes de choc, c’est tous les jours. L’incessante répétition du scénario-catastrophe. Le double choc pétrolier de 1973 et 1979. La famine en Ethiopie, en 1984. Le tsunami de 2004. L’onde de choc du 11 septembre 2001. Il y a peu, l’effondrement du pont autoroutier de Gènes, et encore un tsunami en Indonésie.
Mais vous n’y êtes pas. Les ondes de choc -qui nous intéressent ici-, c’est fait, d’abord, pour guérir, pas du tout pour traumatiser.

La tendinite va nous servir d’exemple. Cette partie terminale des muscles s’attachant aux os qui devient douloureuse. Un mal si courant, et pas seulement chez les sportifs de haut niveau.
Vous avez mal au tendon d’Achille. Léger gonflement, douleur plus ou moins vive, réveillée dès la mise en tension du tendon. Même au repos, ça peut continuer à faire mal. Pareil pour l’épaule, le poignet, le coude, la cheville, la cuisse…
Les causes d’une tendinopathie -le mot savant pour la tendinite-, sont d’une infinie variété. Un effort répété, le surmenage, un manque d’hydratation… on oublie les étirements après l’effort, une infection dentaire non soignée, etc. Et un handicap peut s’installer pour de longues semaines.

Comment guérir une tendinopathie ?

Pour réparer votre mal, le médecin prescrit habituellement les anti-douleurs à base de paracétamol. Et les inévitables anti-inflammatoires : «Prenez des anti-inflammatoires et tenez-vous tranquille». Le mal est évacué, l’inflammation réduite, mais vous n’êtes pas guéri.
Bien entendu, le repos ne peut vous faire que du bien, mais dès le moindre effort, la douleur réapparaît. Et le médecin de prescrire à nouveau des anti-inflammatoires et du repos.

Point de salut sans anti-inflammatoires ? Au fait, quelles autres solutions pour soigner une tendinopathie ? Il y a l’arsenal traditionnel, à commencer par les infiltrations d’anti-inflammatoires stéroïdiens (corticoïdes), sans oublier la kinésithérapie, l’ostéopathie, en passant par la mésothérapie, l’acupuncture, l’électrostimulation, voire l’homéopathie.

Il y a aussi, pour vous forcer au repos, les attelles au poignet, à l’épaule… Ainsi que les cataplasmes d’argile, les huiles essentielles et la poche de petits pois surgelés. Mais on n’a pas besoin de petits pois chez soi pour ça. Tous ces remèdes ne font que soulager.

Au fait, y a-t-il un traitement qui guérit ?

Il existe une thérapie, malheureusement trop peu connue du grand public : les ondes de choc. Introduite il y a une bonne trentaine d’années, cette technique non invasive, basée sur les ultrasons (dont la fréquence est trop élevée pour être perçue par l’oreille humaine). Rien à voir avec les anti-inflammatoires et tous les autres traitements, peu ou pas efficaces. Pour un sportif aguerri comme pour le patient lambda, les ODC (ondes de choc), constituent probablement la meilleure des solutions.

Tennis elbow et…
casserole elbow

Demandez à un cuisinier victime d’un… «casserole elbow» ou à un sportif handicapé par un «tennis elbow» : c’est le même problème et la même tendinite. Dès lors que l’un et l’autre arrivent à nouveau à… servir, quel régal. L’un et l’autre vous diront volontiers tout le bien qu’ils pensent des ondes de choc.

Détruire les calcifications

A l’origine, les ondes de choc avaient une tout autre finalité : traiter les lithiases urinaires, les calculs dans les voies urinaires. Dans ce cas, les ondes de choc ont pour but de désintégrer ces calculs.

Même processus dans le cas d’une tendinopathie. Comment ça marche ? Le médecin -il peut être aidé d’un kinésithérapeute- repère, grâce à l’échographie la zone à traiter. Cela permet une plus grande précision et donc efficacité. Après avoir procédé au réglage des paramètres (puissance, fréquence, durée), le médecin utilise les ondes de choc pour « bombarder » le tendon, afin de pulvériser les calcifications, à l’origine du mal, et favoriser ainsi la régénération naturelle des tissus.

La séance dure à peine quelques petites minutes, et peut être répétée plusieurs fois (une par semaine). Après chaque séance, le patient ressent immédiatement un bien-être…mais les impulsions des ODC (ondes de choc) ne laissent pas indifférent. Belle unanimité : « Cela fait un peu mal »…

Quels résultats au bout du traitement ? D’après de récentes études scientifiques, au moins 70 et parfois 80 % de bons résultats. A condition que le diagnostic soit bien posé et les paramètres de réglage bien adaptés.
A l’issue de cette thérapie -elle a un nom, l’orthotripsie-, les traces de calcification ont disparu, la douleur aussi. Les tissus sont cicatrisés et revascularisés. Et vous pouvez reprendre vos activités habituelles.

Encore faut-il dénicher les bonnes ondes, les ondes de choc focales. A ne pas confondre avec les ondes radiales.

Quelle est donc la différence ? Les focales nécessitent la présence d’un médecin qui fait appel à l’échographie. Quant aux ondes radiales – appelées abusivement « ondes de choc radiales », elles sont pratiquées par les kinésithérapeutes, seuls. Sans médecin, sans échographie. En fait, les radiales, ce n’est rien de plus que des « ondes de pression », autrement dit un massage très puissant -qui calme la douleur mais ne s’attaque pas à l’origine du mal. Un kiné qui vous propose des ondes de choc radiales, on trouve facilement. Mais les ondes de choc focales, ça ne court pas les rues. Les raisons en sont connues. Deux obstacles majeurs.

D’abord, un investissement conséquent côté matériel, entre 60.000 et jusqu’à 250.000 euros. Outre un personnel qualifié, des médecins et des kinés formés à cette technique, il faut un équipement approprié, à commencer par l’échographie.

Non seulement,
il faut trouver les bonnes adresses,
il faut aussi y mettre le prix

Ensuite, un blocage évident. Trop souvent, le même refrain : « Nous, on ne fait pas les ondes de choc focales, parce que la Sécurité sociale ne rembourse pas ». Des actes non remboursés et une mutuelle qui rechigne, ça n’attire pas les foules. D’autant que, dans l’hexagone, les prix pratiqués sont variables, du simple… au triple, de 50 à 150 euros, la séance. Au moins trois et parfois jusqu’à huit. Faites le compte. Non seulement, il faut trouver les bonnes adresses, il faut aussi y mettre le prix.

Une Haute Autorité…sans autorité

Au fait, ces focales, est-ce un traitement vraiment efficace et reconnu ?

Demandez à la Haute Autorité de Santé (HAS). Une Haute Autorité, encore une spécialité bien de chez nous (1).
La HAS ? Un organisme indépendant, créé par la loi du 13 août 2004, chargé de « l’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé » . Cette Haute Autorité est composée d’un collège d’experts dans les différents domaines de la santé, professeurs d’université, spécialistes, chercheurs.

La Haute Autorité de Santé (HAS) fait-elle autorité ? La réponse est oui. A cette réserve près, et elle est de taille : la HAS se contente de faire des recommandations… qui n’ont pas force de loi. Autrement dit, la HAS peut émettre tous les avis qu’elle veut pour « améliorer la qualité du système de santé afin d’assurer à tous un accès durable et équitable aussi efficaces, sûrs et efficients que possible »…Sans que cela soit nécessairement suivi d’effet.

A propos des « ondes de choc focales sous guidage image », justement, la HAS a émis, dès avril 2005, une recommandation. Cette « mise au point sur les tendinopathies » -qui insiste sur la nécessité du recours à l’imagerie radio et échographique- considère que la thérapie par ondes de choc extracorporelles (TOCE), constitue « le traitement de première intention ». Comprenez : le bon traitement.

Très net avantage donc aux ondes de choc focales par rapport à toutes les autres techniques, surtout chirurgicales. En effet, on admet, d’après les quelques recherches scientifiques dont on dispose -allemandes (2001), en particulier- que le coût de la chirurgie de l’épaule, en cas de tendinopathie chronique, est tout de même jusqu’à… sept fois plus cher que le traitement par ondes de choc focales, de surcroît non invasif… La chirurgie est remboursée, pas les ondes de choc !
Cette recommandation de la HAS reste lettre morte depuis 2005. En effet, cet acte n’est toujours pas pris en compte par la Sécurité sociale, donc non remboursable. Pourquoi ? Parce que les recommandations de la haute autorité de Santé, l’assurance maladie n’est pas tenue de les suivre.

Belle incohérence. Du coup, on foule aux pieds les principes fondateurs de la Sécurité sociale : l’égalité et la solidarité d’accès aux soins de qualité.
Pas de remboursement, alors qu’il est prouvé ailleurs, en Allemagne mais aussi aux Etats-Unis et au Canada, et d’abord chez nous, que le traitement par ondes de choc focales, non seulement est efficace mais son coût est nettement, et de loin, inférieur à tous les autres traitements. On voudrait faire des économies qu’on s’y prendrait bien autrement.

Petit rappel, signé Ambroise Croisat, l’un des pères-fondateurs de la Sécurité sociale : « La santé est un droit, chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ».

Il serait temps de passer à l’acte. Maintenant que vous savez, réagissez !

(1) La Haute Autorité de la lutte contre la discrimination et pour l’égalité (HALDE), la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, etc.

NOS SOURCES

  • The Role of Extracorporeal Shockwave Treatment in Musculoskeletal Discorders in The Journal of Bone and Joint Surgery. 2018.
  • ISMTS. Consensus statement on ESWT indications and contraindications. 2016.
  • Avril 2005, Haute Autorité de Santé (HAS), recommandation : Modalités de prise en charge d’une épaule douloureuse chronique non instable chez l’adulte.
  • Assessment of the treatment costs of extracorporeal shock wave therapy versus surgical treatment for shoulder diseases,
    Haake M et al. Int J Technol Assess Health Care. 2001.

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